Barletta

d'Alberto Gentile 

Le château de Barletta fut construit très probablement pendant la période normande, et apparaît pour la première fois sur un document de 1202. Ce qui témoigne de l’intervention frédéricaine est le corps de bâtiment placé sur le côté sud avec deux fenêtres qui portent sculpté dans les lunettes l’aigle impérial qui tient  un lièvre entre ses serres, motif récurrent dans le répertoire iconographique souabe. Ce château fut endommagé en 1203 par les citadins eux-mêmes qui l’assiégèrent pour en chasser un châtelain philo-papal. En 1228, l’empereur y tint la fameuse Diète en vue de son départ pour la sixième Croisade.

On a, au contraire, de nombreuses preuves de l’intervention angevine: les travaux, décidés par Charles d’Anjou I en 1269,  se prolongèrent pendant plusieurs années, jusqu’en 1291, et virent l’intervention de l’architecte royal Pierre d’Angicourt, le même qui agrandit le château de Lucera. Pour cette occasion, on restructura le corps  de représentation royale et le palais, on construisit la chapelle et on renforça militairement l’ensemble en construisant une enceinte de remparts avec une tour ronde située à l’angle. 

Détail d’une fenêtre du château de Barletta ; à l’intérieur d’une lunette une sculpture représente l’aigle souabe.

Les Aragonais intervinrent entre 1458 et 1481, renforçant l’enceinte de remparts et ensuite, sur ordre de Charles V, le château prit la configuration d’une implantation symétrique avec quatre bastions angulaires à lance et ouvertures de feu disposées radialement et le long des courtines, adaptées aux canons de fortifications de l’époque. Le projet est attribué à l’ingénieur militaire Evangelista Menga.  

On fortifia la zone vers la ville, plus exposée à d’éventuelles attaques, on intervint sur le côté est, sur l’angle sud-est et sur les courtines fortifiées. La plaque posée à l’entrée du château  se réfère  à cette phase des travaux, elle est surmontée des armes de Charles V et rappelle la date de 1537, interprétée par erreur comme la date d’achèvement de l’édifice, qu’on ne peut pas considérer comme telle si on évalue le temps passé à la construction que la masse du château demandait. Entre 1552 et 1559, les travaux  concernèrent  essentiellement  les œuvres de défense. D’autres interventions  se sont poursuivies au cours des siècles jusqu’aux récents travaux de restauration, commencés en 1970 et terminés depuis peu. Le résultat de ces travaux offre la possibilité de réutilisation du château en tant que centre culturel. Il y a été réalisé un « lapidarium », une exposition  permanente d’armes et d’objets de l’artisanat ancien, un espace destiné aux expositions temporaires, une salle de congrès avec des équipements adaptables, une salle de représentation de la Commune, une exposition de quelques fonds de peinture importants pour le Musée Civique, le siège de l’office de séjour et tourisme et, enfin, la Bibliothèque Civique. Pour ce qui concerne sa structure, notons que l’entrée est située sur la courtine méridionale à laquelle on accède grâce à un pont en maçonnerie. Dans le passage entre le portail et la cour, une porte à gauche conduit à l’ancien siège du corps de garde, celle de droite mène à la chapelle dans laquelle on trouve les sépultures des châtelains.

Vue extérieure du château de Barletta, le pont en maçonnerie et les bastions d’angles sont bien visibles.

Un tel passage introduit à une cour carrée scénographique, de laquelle, par un élégant escalier, on arrive à l’étage supérieur, tandis qu’une rampe conduit sur les gradins (la légère pente permettait la montée même aux moyens de défense). Les nombreuses pièces sont d’une exceptionnelle somptuosité autant qu’aux siècles impériaux,  des rois et des hauts dignitaires ; les souterrains qui courent sous les bastions sont eux- aussi  très vastes. A l’intérieur de chaque  point important s’élargissent d’imposantes casemates circulaires avec des voûtes à calottes et  un trou central pour assurer la fonction d’évent pour la fumée des canons.

Copyright  ©2002 Alberto Gentile

Traduction en langue française par Monique Labas.

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