Le Palatium de Frédéric II

par Stefania Mola 

Vue du Palatium de Frédéric II, réalisée par Jean-Louis Desprez, Saint-non, Voyage pittoresque ou Description des Royaumes de Naples et de Sicile, Paris, 1778. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Palais de Frédéric II (Lucera)

     Reconstruction exécutée par C.A.Willemsen, partie intérieure. On voit bien que le troisième étage a la forme octogonale. Les trois étages disposaient de 32 pièces qui abritaient la cour et les appartements impériaux. Dans les souterrains étaient situées les chambrées pour la garnison.

 L'ouverture supérieure de forme octogonale rappelle celle de Castel del Monte.

 

 

 

 

 

Angle nord-ouest externe de l'enceinte à talus qui enclôt le palatium.

          photo d'Alberto Gentile

 

 

 

 

 

 

 

Perspective du bas du voûtement qui recouvrait l'ainsi-dite "galerie des archers".

photo de Toti Calo

 

 

 

 

 

Perspective de la "galerie des archers" sur le côté occidental: au niveau supérieur du mur de paroi on identifie les niches de tir.

photo d'Alberto Gentile

 

Dans une Memoria de la fin du XVIIe siècle, l'érudit chanoine lucérin Carlo Corrado décrivit le palatium de Frédéric II comme " une imposante forteresse, qui était une retraite dans le Château [enceinte angevine] entourée à l'intétrieur de la place par un large fossé, faite de forme  carrée avec un important voûtement sur chaque côté, pour qu'y fussent rangés 500 chevaux, ou un peu moins, avec un endroit pour conserver ensemble les victuailles et les troupes, sous le même voûtement. Au-dessus de ce voûtement une large galerie faisait le tour , avec ses parapets, vers l'extérieur et avec quatre tours moins importantes pour la garde et pour les sentinelles, qui assuraient la défense, et au milieu de ces voûtements se dressait un grand donjon carré,  dont trois  très vastes pièces occupaient chaque façade, et une à chaque angle, ce qui faisait un nombre de 32 pièces royales, sans compter les autres commodités qui se trouvaient au-dessous et au-dessus ces deux appartements auxquels on montait par un escalier en colimaçon de façon à ce que ne montât ici qu'un seul Huomo, qui permettait l'entrée au fond, à côté du quartier de la cavalerie, ce qui jusqu'à aujourd'hui démontre l'ancienne magnificence...Aujourd'hui de cette forteresse il ne reste sur pied que seulement le voûtement carré de la cavalerie au-dessus duquel cependant on marche tout autour par les galeries décrites et toute le la muraille haute de plus de 80 palmes, autour de laquelle tournent les pièces de ces appartements royaux, dont on a déjà parlé avant...". 

La fondation du palatium de Frédéric II à Lucera est datable aux environs de 1233. En plus de la réutilisation de restes de constructions plus anciennes, l'intervention souabe comporta aussi   une imposante opération de destruction et d'appauvrissement des survivances matérielles de la Lucera romaine. Dans les dernières décennies du XVe siècle, l'évêque lucérin Pietro Ranzano, décantant la magnificence du palais frédéricain, notait qu'une bonne partie de celui-ci avait été construit ex ruinarum priscae Lucerie saxis et, quatre siècles plus tard, D'Amelj, grâce à ses recherches sur les ruines, réussissait à distinguer encore des inscriptions latines " serties dans dans les constructions des pièces royales".  Il s'agissait d'un édifice à quatre ailes sur trois niveaux, en forme de tour, situé sur la base troncopyramidale qui est encore conservée de nos jours dans les remparts de l'enceinte angevine; à l'intérieur, il s'articulait autour d'une cour carrée qui à la hauteur du second étage se transformait en octogone, anticipant de la sorte les solutions qui auraient été adaptées à Castel del Monte. Dans la cour on peut encore localiser des restes de dallage en terre cuite, un puits, des conduits pour l'écoulement des eaux et, dans la partie médiane, une dépression circulaire qui, à l'origine, accueillait le bassin.

Donc, en apparence une tour habitable, un donjon semblable à celui de Sicile à Adrano, en réalité une tour-palais, savante fusion entre tour normande et palais ouvert islamique, à  mi-chemin entre exigence de fortification et défense et nécessité de représentation et confort résidentiel, assez haut pour surpasser la ville de Lucera et dominer les frontières d'un vaste territoire. Quand à l'intérieur, Jamsilla raconte que dans le palais se trouvaient les chambres de l'Empereur, du roi Conrad, du marquis Oddo et de Giovanni Moro, dans lesquelles étaient gardés une grande quantité d'or et d'argent, des vêtements, des pierres précieuses et des armes.

Erigé sur des fondations carrées en talus, le palais n'avait pas de véritable et propre accès: l'entrée n'était possible que grâce à des structures mobiles et provisoires, à retirer en cas de danger; l'espace intérieur était très articulé, et comprenait autant de pièces destinées aux logements impériaux et à la suite, que de chambrées pour la garnison aménagées dans les souterrains.Cependant, récemment, certains chercheurs étudient l'hypothèse que, à l'édifice frédéricain il convient d'attribuer seulement les ruines écroulées à l'intérieur de" l'enceinte" des fondations cette dernière soutenant une superstructure érigée par Charles d'Anjou pour aménager le palatium en castrum, ou bien en siège de gouvernement militaire permanent. 

Aujourd'hui ses ruines (le socle périmétral avec une partie des murs du talus, et les fondations du noyau central) ne sont pas suffisants pour restituer l'image de l'édifice original, qui, en plus de la description de Corrado, fut bien illustré par les dessins exécutés en 1778 par le peintre français Jean-Loius Desprez peu avant sa destruction, et par un tableau du XIXe siècle" des arcs et colonnes qui existaient dans les pièces du Palais Royal" publié par Giambastita d'Amelj (déjà cité) dans la seconde moitié du XIXe siècle. Les documents de Desprez et d'Amelj permettent de confirmer la présence d'ornomentations précieuses, et de  solutions décoratives recherchées et adaptées aux portails, aux fenêtres, aux oculus et aux losanges qui allégeaient à tous les niveaux la massive maçonnerie extérieure et intérieure. Il semble en outre que Frédéric, entre 1240 et 1242, avait fait transférer à Lucera une série de statues anciennes pour orner son palais, en démonstration de son goût et de son amour pour l'antiquité  qui se manifeste avec une plus grande force au Castel del Monte et dans le château de Syracuse: les documents parlent d'un nombre imprécis d'ymagines lapideas, provenant de pays d'outre-mer, et de deux statues de bronze retrouvées dans l'église de S.Maria de Grottaferrata.  Avec la monarchie angevine, l'édifice frédéricain assuma une nouvelle destination d'usage, devenant un castrum (forteresse, château) plus qu'un palatium.Dans les intentions de Charles d'Anjou, l'édifice hérité du Souabe devait faire fonction, malgré tout, de facteur de dissuasion contre une éventuelle résolution de révolte sarrasine. A l'intérieur de la réalisation de la nouvelle forteresse que le premier Angevin avait dans l'esprit de construire, il devait constituer le poste de garde  pour la surveillance du chantier; et enfin, une fois réalisée l'oeuvre précitée, il devait remplir le rôle de dernier élément du système de défense.  Le document qui plus que les autres soutient l'hypothèse que le palatium avait subi des travaux radicaux de transformation est daté du 16 avril 1274: Charles I exprime aux expensores operis Lucerie sa ferme volonté de ne pas faire commencer, jusqu'à son arrivée, les archerias dans le mur maczie palatii : un choix de projet délicat et important, au point de requérir la participation directe du souverain sur le site. Le terme archeria est vague; il peut définir une niche de tir ou, plus génériquement, une structure arquée ou voûtée. Dans les deux cas, les archerias in muro maczie palapii sont les uniques éléments certains que, encore de nos jours, nous puissions observer dans la structure à talus qui caractérise le complexe quadrangulaire qui s'élève au nord-est de la forteresse angevine. Et ils sont aussi le motif qui fait avancer l'hypothèse que la structure tronco-pyramidale, adossée au palatium frédéricain,soit un ajout angevin.

Copyright  ©2002 Stefania Mola

 

 

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