Dans
une Memoria de la fin du XVIIe siècle, l'érudit chanoine lucérin Carlo
Corrado décrivit le palatium de Frédéric II comme " une imposante
forteresse, qui était une retraite dans le Château [enceinte angevine] entourée
à l'intétrieur de la place par un large fossé, faite de forme
carrée avec un important voûtement sur chaque côté, pour qu'y fussent
rangés 500 chevaux, ou un peu moins, avec un endroit pour conserver ensemble
les victuailles et les troupes, sous le même voûtement. Au-dessus de ce voûtement
une large galerie faisait le tour , avec ses parapets, vers l'extérieur et avec
quatre tours moins importantes pour la garde et pour les sentinelles, qui
assuraient la défense, et au milieu de ces voûtements se dressait un grand
donjon carré,
dont trois
très vastes pièces occupaient chaque façade, et une à chaque angle,
ce qui faisait un nombre de 32 pièces royales, sans compter les autres commodités
qui se trouvaient au-dessous et au-dessus ces deux appartements auxquels on
montait par un escalier en colimaçon de façon à ce que ne montât ici qu'un
seul Huomo, qui permettait l'entrée au fond, à côté du quartier de la
cavalerie, ce qui jusqu'à aujourd'hui démontre l'ancienne magnificence...Aujourd'hui
de cette forteresse il ne reste sur pied que seulement le voûtement carré de
la cavalerie au-dessus duquel cependant on marche tout autour par les galeries décrites
et toute le la muraille haute de plus de 80 palmes, autour de laquelle tournent
les pièces de ces appartements royaux, dont on a déjà parlé avant...".
La
fondation du palatium de Frédéric II à Lucera est datable aux environs de
1233. En plus de la réutilisation de restes de constructions plus anciennes, l'intervention
souabe comporta aussi
une imposante opération de destruction et d'appauvrissement des
survivances matérielles de la Lucera romaine. Dans les dernières décennies du
XVe siècle, l'évêque lucérin Pietro Ranzano, décantant la magnificence du
palais frédéricain, notait qu'une bonne partie de celui-ci avait été
construit ex ruinarum priscae Lucerie saxis et, quatre siècles plus tard,
D'Amelj, grâce à ses recherches sur les ruines, réussissait à distinguer
encore des inscriptions latines " serties dans dans les constructions des
pièces royales".
Il
s'agissait d'un édifice à quatre ailes sur trois niveaux, en forme de tour,
situé sur la base troncopyramidale qui est encore conservée de nos jours dans
les remparts de l'enceinte angevine; à l'intérieur, il s'articulait autour
d'une cour carrée qui à la hauteur du second étage se transformait en
octogone, anticipant de la sorte les solutions qui auraient été adaptées à
Castel del Monte. Dans la cour on peut encore localiser des restes de dallage en
terre cuite, un puits, des conduits pour l'écoulement des eaux et, dans la
partie médiane, une dépression circulaire qui, à l'origine, accueillait le
bassin.
Donc,
en apparence une tour habitable, un donjon
semblable
à celui de Sicile à Adrano, en réalité une tour-palais, savante fusion entre
tour normande et palais ouvert islamique, à
mi-chemin entre exigence de fortification et défense et nécessité de
représentation et confort résidentiel, assez haut pour surpasser la ville de
Lucera et dominer les frontières d'un vaste territoire. Quand à l'intérieur,
Jamsilla raconte que dans le palais se trouvaient les chambres de l'Empereur, du
roi Conrad, du marquis Oddo et de Giovanni Moro, dans lesquelles étaient gardés
une grande quantité d'or et d'argent, des vêtements, des pierres précieuses
et des armes.
Erigé
sur des fondations carrées en talus, le palais n'avait pas de véritable et
propre accès: l'entrée n'était possible que grâce à des structures mobiles
et provisoires, à retirer en cas de danger; l'espace intérieur était très
articulé, et comprenait autant de pièces destinées aux logements impériaux
et à la suite, que de chambrées pour la garnison aménagées dans les
souterrains.Cependant, récemment, certains chercheurs étudient l'hypothèse
que, à l'édifice frédéricain il convient d'attribuer seulement les ruines écroulées
à l'intérieur de" l'enceinte" des fondations cette dernière
soutenant une superstructure érigée par Charles d'Anjou pour aménager le
palatium en castrum, ou bien en siège de gouvernement militaire permanent.
Aujourd'hui
ses ruines (le socle périmétral avec une partie des murs du talus, et les
fondations du noyau central) ne sont pas suffisants pour restituer l'image de l'édifice
original, qui, en plus de la description de Corrado, fut bien illustré par les
dessins exécutés en 1778 par le peintre français Jean-Loius Desprez peu avant
sa destruction, et par un tableau du XIXe siècle" des arcs et colonnes qui
existaient dans les pièces du Palais Royal" publié par Giambastita d'Amelj
(déjà cité) dans la seconde moitié du XIXe siècle. Les documents de Desprez
et d'Amelj permettent de confirmer la présence d'ornomentations précieuses, et
de
solutions décoratives recherchées et adaptées aux portails, aux
fenêtres,
aux oculus et aux losanges qui allégeaient à tous les niveaux la massive maçonnerie
extérieure et intérieure.
Il semble en outre que Frédéric, entre 1240 et 1242, avait fait transférer à
Lucera une série de statues anciennes pour orner son palais, en démonstration
de son goût et de son amour pour l'antiquité
qui se manifeste avec une plus grande force au Castel del Monte et dans
le château de Syracuse: les documents parlent d'un nombre imprécis d'ymagines
lapideas, provenant de pays d'outre-mer, et de deux statues de bronze
retrouvées dans l'église de S.Maria de Grottaferrata.
Avec
la monarchie angevine, l'édifice frédéricain assuma une nouvelle destination
d'usage, devenant un castrum (forteresse, château) plus qu'un palatium.Dans les
intentions de Charles d'Anjou, l'édifice hérité du Souabe devait faire
fonction, malgré tout, de facteur de dissuasion contre une éventuelle résolution
de révolte sarrasine. A l'intérieur de la réalisation de la nouvelle
forteresse que le premier Angevin avait dans l'esprit de construire, il devait
constituer le poste de garde pour
la surveillance du chantier; et enfin, une fois réalisée l'oeuvre précitée,
il devait remplir le rôle de dernier élément du système de défense.
Le document qui plus que les autres soutient l'hypothèse que le palatium avait
subi des travaux radicaux de transformation est daté du 16 avril 1274: Charles
I exprime aux expensores operis Lucerie sa ferme volonté de ne pas faire
commencer, jusqu'à son arrivée, les archerias dans le mur maczie
palatii : un choix de projet délicat et important, au point de requérir la
participation directe du souverain sur le site. Le terme archeria est
vague; il peut définir une niche de tir ou, plus génériquement, une structure
arquée ou voûtée. Dans les deux cas, les archerias in muro maczie palapii
sont les uniques éléments certains que, encore de nos jours, nous puissions
observer dans la structure à talus qui caractérise le complexe quadrangulaire
qui s'élève au nord-est de la forteresse angevine. Et ils sont aussi le motif
qui fait avancer l'hypothèse que la structure tronco-pyramidale, adossée au
palatium frédéricain,soit un ajout angevin.
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©2002 Stefania Mola