|
Le château de Bari
Si on suit ce que transmettent les chroniques anciennes, avant l'arrivée des Normands et des reliques de Saint Nicolas, Bari était une riche ville, probablement la plus importante et prospère des Pouilles. Elle avait été le siège de intendant lomgobards et d'émirs musulmans, même capitale du thema de Lomgobardie (c'est-à-dire de l'Italie méridionale) avec les Byzantins, qui l'avaient fortement relancée, agrandie, fortifiée et embellie. Ses remparts urbains - ouverts pour correspondre à la Porta Vecchia (à l'ouest, à proximité du château) et de la Porta Nuova (dans la zone sud, puis déplacée vers l'est à l'époque angevine et aragonaise, à proximité de l'actuelle place des Ferrarese) - s'imposaient comme un sévère avertissement.
Vue extérieurede la perspective vers la place Frédéric II de Souabe
Entre ambiguité et dissimulation, voici donc la place du château et des remparts, le temps de la défense et du pouvoir, que nous sommes habitués à appeler "château souabe" mais qui en réalité est un "château dans le château", un jeu de boîtes chinoises dans lesquelles s'intègrent les tours de la défense médiévale et les remparts du palais renaissance, à leur tour encastrés et partie intégrante d'une ville fortifiée elle-même dénommée castrum. Le château de Bari était à la fois le château et la ville. Bari était un château parce que, au Moyen Age, seulement les remparts conféraient la dignité de ville à ce qui autrement serait resté un village, un hameau, un simple ensemble d'habitations. Et le château, symbole obscur d'un pouvoir retranché et étranger à la vie quotidienne, ne fut jamais le château des habitants de Bari qui par celui-ci se sentaient -plutôt que défendus - menacés. Depuis presque mille ans, Bari vit à l'ombre de son massif château entre la terre et la mer, clos de ses ététés et inaccessibles donjons quadrangulaires. Le signal fort du pouvoir, ne pouvant pas dominer du haut d'une colline, se localisait à la marge extrême de la vieille ville, pour la défendre, mais surtout pour la contrôler. Son noyau d'origine, en fait, remonte à l'époque normano-souabe, et doit être identifié avec l'actuelle enceinte quadrangulaire interne munie de tours angulaires et intermédiaires. Ceci fut l'idée des Normands, auxquels la rebelle Bari donna bien du fil à retordre.
Au
cours de la destruction de la ville, survenue en 1156, oeuvre de Guillaume
il Malo, même le château subit des dommages importants; aux environs de
1233 Frédéric II le restaura, valorisant l'aspect résidentiel et
représentatif, et lui conféra les qualités les mieux requises pour une
résidence. Sur l'archivolte du portail il fit sculpter l'aigle impériale
qui saisit sa proie entre ses serres; dans le passage qui relie le portail
à la cour et dans la cour il fit ériger un portique et réaliser des
châpiteaux à feuillages
Il ne lui suffit pas d'adoucir l'âpreté de ces lieux mais encore il ajouta le légendaire passage de Saint François d'Assise, qui selon la tradition - aurait repoussé avec fermeté les malicieuses propositions charnelles d'une jeune fille par l'intermédiaire de laquelle Frédéric aurait voulu mettre à l'épreuve sa sainteté.
Vue extérieurede la perspective vers la place Frédéric II de Souabe
Laissant de côté les arcs et arbalètes, les Espagnols dotèrent l'edifice d'origine d'une enceinte avec des bastions sur trois côtés vers la terre, pendant que Isabelle d'Aragon et Bona Sforza le transformaient en demeure princière digne d'une cour, formée à moité de littéraires, d'artistes et d'hommes de pouvoir. cependant ses tours continuèrent d'être un défi quotidien à l'orgueil des habitants de Bari et un souvenir de tant de tours jetées au sol par Guillaume il Malo, et jamais plus reconstruites.
Intérieur du château A l'époque prénormande, l'aire sur laquelle on édifia successivement le château était une zone périphérique de la ville byzantine; le noyau normand des fortifications devait être formé simplement d'une enceinte de remparts munie de tours, qui englobait les constructions précédentes, aujourd'hui elle émerge à nouveau en partie grâce à une série de fouilles archéologiques effectuées sur l'aire du château la plus ancienne, correspondant à l'aile nord et à part celle de l'ouest. Les recherches ont permis la mise en lumière de préexistances significatives, à une profondeur de plus de trois mètres en-dessous de l'actuel étage du passage piétonnier: les plus intéressantes révèlent les restes de murailles appartenant à des noyaux d'habitations de l'époque byzantine et à une église (peut-être dédiée à Saint Apollinaire, citée par Guillaume Appulo au XI siècle), d'une construction probable à trois nefs, datée de la moitié du X siècle grâce à la découverte de pièces contemporaines.
Aujourd'hui tout cela peut être vu grâce à un parcours de visite aménagé à cet effet, accessible aussi bien directement (par l'entrée nord de la cour), que par les locaux de la gypsothèque,ou la collection de moulages, exposés seulement en partie dans les salles du rez-de-chaussée de l'aile ouest, comprenant les exemples les plus intéressants de la sculpture des Pouilles relative aux plus grands édifices de culte de la région entre le XI et XVII siècles; ces moulages furent préparés entre 1899 et 1911 à l'occasion des expositions de Turin, Paris et Rome.
Grand salon oriental à l'étage supérieur.
Une dernière et significative découverte est celle récemment mise en évidence avec l'exécution de tests sur le front est de la maçonnerie du mur d'enceinte extérieure: on a découvert, à l'intérieur de l'épaisseur du mur, un chemin de garde couvert à l'époque souabe, long de quarante-cinq mètres et muni de meurtrières, aux caractéristiques semblables à celles déjà repérées dans le mur d'enceinte du château de Trani réalisé en 1249. Ceci confirmerait qu'à la période frédéricaine la défense des châteaux se basait sur deux niveaux: un inférieur accessible directement de l'intérieur par un portique scandé de pilastres et d'arcs en plein ceintres surbaissés, l'autre supérieur et découvert (chemin de ronde), muni de meurtrières et de créneaux.
en plus du château
Le
château n'était pas seulement un édifice, mais la caractéristique d'une
ville à son tour fortifiée, par nécessité ou par qualité. La mer, depuis
toujours frontières naturelles et passagères entre le "dedans" et "l'ailleurs",
ne suffisait pas certainement à assurer la sécurité à la ville exposée et
vulnérable sur les trois-quarts de son périmètre. On connait les vestiges
des remparts de Bari découverts sur l'aire septentrionale et plus élevée
de la petite péninsule, datables du IV siècle avant Jésus-Christ; Horace
parle déjà des remparts de la ville dans la célèbre Satira V ("Bari
moenia piscosi"), et Tacite dans ses Annali -quand il nous parle de
deux illustres prisonniers envoyés à Bari pour y purger leur peine- fait
peut-être allusion à l'existence d'une fortification conforme; le moine
Bernard, venant du mont Gargano et en voyage vers la Terre Sainte, joignit
au milieu du IX siècle " Bari des Sarrasins (...) située sur la côte,
défendue au sud par deux très larges murs, tandis qu'au nord elle
surplombe de bien haut la mer"; à propos de la solidité des remparts il
n'y a aucun doute, si les Sarrasins - après les avoir attentivement
étudiées - durent prendre la ville par la ruse en réussissant à trouver
des passages cachés. Et s'il ne reste que de faibles vestiges des remparts
anciens, nous pouvons encore apercevoir l'embrassement étroit des remparts
médiévaux et de la Renaissance - conservés le long du versant oriental du
bourg -, même si la boucle moderne d'asphalte a interrompu pour toujours
le dialogue entre la ville et la mer, sur les eaux de laquelle les
murailles se dressaient sans intermédiaire jusqu'au
début du XX siècle.
Les
Le périmètre fortifié se révélait scandé par la présence de quatre donjons, dits de Saint Dominique, du Vent, de Saint Antoine et de Sainte Scolastique. Le fortin S.Antoine Abate est un des deux remparts de défense qu'on a déjà cités: il dut exister jusqu'au XIV siècle, au moins comme tour, même si les notices les plus fondées le situe en plein siècle suivant en l'identifiant en tant que petit château - dit "tour de saint Antoine" à cause de la présence d'une petite église préexistante dédiée à ce saint - avec un châtelain et une garnison armée. Il eut une vie brève, à cause de la traditionnelle intolérance des habitants de Bari pour ces signes forts du pouvoir, mais fut rapidement reconstruit au XIV siècle pendant la massive campagne de travaux de modernisation des fortifications promue par la duchesse Isabelle. Le fortin de Sainte Scolastique au contraire, " qui est le plus important, et le plus utile pour la ville", est situé à l'extrême pointe septentrionale de l'ancienne ville et prend le nom de l'ensemble conventuel féminin adjacent et fondé aux environs du X siècle.
Détail d'un des châpiteaux de l'époque souabe, portant l'inscription "Melis de Stelliano me fecit".
Du point de vue de la symbolique, c'est le lieu où l'histoire de Bari est la plus marquée dans toutes ses périodes et nous ramène jusqu'aux temps très anciens du premier noyau habité. Ici, au-dessous de l'aire de l'église et du monastère, les pierres parlent de la cité grecque, de la romaine et de la médiévale, auxquelles s'unissent les témoignages du village préhistorique découverts à proximité de l'aire de S.Pierre. Sur ce coin de terre, 'avançant vers la mer, auquel la nécessité impose une barrière faite de pierres, la vie de Bari était commencée voici déjà quatre mille ans. —————— Bibliographie: - A. Bruschi, G. Miarelli Mariani (a cura di), Architettura sveva nell’Italia meridionale. Repertorio dei castelli federiciani, Firenze 1975 - C. Bucci Morichi, Sulla cinta bastionata del castello di Bari, in "Continuità. Rassegna Tecnica Pugliese ", 4 (1977), pp. 3-16 - C.A. Willemsen, I castelli di Federico II nell’Italia meridionale, Napoli 1979 (titolo originale: Die Bauten Kaiser Friedrichs II. in Süditalien, Stuttgart 1977), pp. 26-31 - AA.VV., Restauri in Puglia 1971-1983, vol. II, Fasano 1983, pp. 54-63; 64-76 - Il castello e le mura medievali [Conoscere la città, 3, a cura di N. Lavermicocca], Bari 1988 - A. Fornaro, M.G. di Capua, Castello, in Archeologia di una città. Bari dalle origini al X secolo, catalogo della mostra, a cura di G. Andreassi e F. Radina, Bari 1988, pp. 574-580 - R. Licinio, Bari e il suo castello. I. Dall’età prenormanna agli ultimi Svevi, in "Annali della Facoltà di Lettere e Filosofia dell’Università degli Studi di Bari", XXXI (1988), pp. 205-247 - R. Licinio, Bari e il suo castello. II. Dalla conquista angioina all’età moderna, in "Annali della Facoltà di Lettere e Filosofia dell’Università degli Studi di Bari", XXXII (1989) - M.S. Calò Mariani, Il castello e Carlo I e il "palacium castri Bari", in Storia di Bari: dalla conquista normanna al ducato sforzesco, a cura di G. Musca e F. Tateo, Bari 1990, pp. 328-342 e 371-375 - A. Cadei, I castelli federiciani: concezione architettonica e realizzazionbe tecnica, in "Arte medievale", 6 (1992), pp. 39-67 - R. Licinio, Castelli medievali. Puglia e Basilicata: dai Normanni a Federico II e Carlo I d’Angiò, Bari 1994, pp. 59-115 - M. Benedettelli, Il castello di Bari, in Federico II Immagine e potere, catalogo della mostra, a cura di M.S. Calò Mariani e R. Cassano, Venezia 1995, pp. 245-247 - D. Ciminale, Lo scavo nell’ala est del castello di Bari, ivi, p. 249 - A. Lorusso Bolettieri, La decorazione scultorea del castello di Bari, ivi, pp. 250-251 - M. Milella, Le indagini archeologiche all’interno del castello di Bari, ivi, p. 248 - M. Cristallo, Nei castelli di Puglia, Bari 1995 (nuova ed. riveduta e corretta, 2000), pp. 141-155 - AA.VV., Itinerari federiciani in Puglia. Viaggio nei castelli e nelle dimore di Federico II di Svevia, a cura di C.D. Fonseca, Bari 1997, pp. 77-81 - M. Benedettelli, Il castello di Bari: analisi delle trasformazioni e progetto di recupero, in Per un ruolo delle opere fortificate nel territorio, Atti del Convegno Nazionale (Bari, 27-29 maggio 1994), Bari 1997, pp. 81-99 - M. Benedettelli, Bari, castello svevo-Trani, castello svevo: gli interventi di restauro e recupero funzionale, in Castra ipsa possunt et debent reparari: indagini conoscitive e metodologie di restauro delle strutture castellane normanno-sveve, Atti del convegno internazionale di studio promosso dall’Istituto Internazionale di Studi Federiciani, Consiglio Nazionale delle Ricerche (Castello di Lagopesole, 16-19 ottobre 1997), a cura di C.D. Fonseca, Roma 1998, pp. 703-730 - AA.VV., Castelli e cattedrali a cent’anni dall’Esposizione Nazionale di Torino, catalogo della mostra, a cura di C. Gelao e G.M. Jacobitti, Bari 1999, pp. 431-433; 435-436; 437-439; 441-447 Copyright ©2002 Stefania Mola | Monuments | | INDEX | |