Les quatre épouses de Fédéric II entre mythe et réalité.
par Alberto Gentile.

Frédéric eut quatre épouses:les trois premières lui furent imposées par la raison d'état bien représentée par les papes, tandis qu'il aima sincèrement la dernière avec laquelle il vécut une relation entourée de mystère, mystère entretenu par la légende. En réalité, les épouses de Frédéric furent seulement utiles pour apporter quelques héritiers légitimes à la Maison Souabe, en ajout à de très nombreux bâtards; mais aucune d'entre elles ne réusssit à jouer un rôle politique considérable, écrasées par la personnalité du mari et en outre toujours enfermées dans les palais dorés de la cour.

CONSTANCE d'ARAGON

Frédéric épousa Constance d'Aragon quand il avait 15ans, en 1209. Il fut à peu près contraint à ce mariage par Innocent III qui avait exercé sur lui la tutelle demandée par sa mère, Constance de Hauteville, sur le point de mourir.Avec cette initiative, le pape comptait accoupler au jeune et récalcitrant dauphin de le Maison Souabe et une femme très religieuse, en qui on peut se fier, beaucoup plus âgée que lui, en mesure de le diriger vers l'obéissance à l'autorité romaine:il se trompait énormément! Frédéric accepta ce qu'on lui imposait à contre-coeur et ne changea pas sa vie. De cette union naquit Henri VII, un homme qui assuma des attitudes de vive compétitivité dans les affrontements avec son père, donc d'ouverture douteuse; il mourut sans doute de suicide pendant qu'il était prisonnier dans les geôles impériales.Constance mourut en 1222.

Le diadème de Constance d'Aragon, Palerme trésor de la cathédrale.



YOLANDE de BRIENNE

Les nouvelles noces de Frédéric avec Yolande de Brienne (ou Isabelle) furent paternellement demandées par Onorio III en vue de la VI croisade en Terre Sainte. La jeune femme,de fait, était la fille du très catholique Jean, un valeureux croisé qui lui aurait laissé en héritage la couronne de Jérusalem: un titre de maigre valeur patrimoniale mais utile pour le succès de la nouvelle expédition.Même Frédéric ambitionnait de posséder le nouveau titre, mais pour des motifs différents:il considérait la couronne comme un élément déterminant pour conclure la conquête par un accord diplomatique, démontrant qu'il était possible d'affirmer la foi pacifiquement, sans répandre de sang.

Le mariage de la jeune Yolande de brienne et de Frédéric II, de la
chronique dde le Villani. 

L'union fut bénite le 9 novembre 1225 dans la cathédrale de Brindisi et elle eut un démarrage difficile. Yolande avait alors 13ans, elle était immature, assez laide, peu à la hauteur de figurer à côté d'un homme de 30ans, cultivé, lancé vers la gloire. Juste la première nuit de noce, Frédéric trouva le moyen de se consoler:et il le fit avec la cousine de son épouse, Anaïs, une dame de compagnie de 20ans, précoce, pas du tout inhibée, somme toute un"petit plat à déguster". Le bruit de l'incroyable action vint à la connaissance de Jean de Brienne qui se retourna vers le pape qui, lui, se garda bien de déranger Frédéric et évita le scandale, se limitant à indemniser le père déçu par l'attribution d'une charge rénumératrice à la cour romaine. Yolande donna à son mari deux enfants - ConradI IV et Marguerite-et elle mourut en 1228, à seulement 16ans, des suites de couches.

ISABELLE d'ANGLETERRE.

Isabelle était la soeur d'Henri III.Ce fut Grégoire IX qui soutint le mariage en 1235 pour permettre à l'Empereur de se rapprocher des riches allemands guelfes que lui non plus n'arrivait plus à contrôler et de se rapprocher aussi des puissants d'Outre-Manche. 

Le regard d'Isabelle d'Angleterre est très doux grâce à ses yeux céruléens,troisième épouse de l'Empereur souabe. De la peinture dite"Le triomphe de la mort"qui se trouve dans l'église rupestre de Sainte Marguerite,près de Melfi.

En réalité, le but ne fut qu'en partie atteint; avant que Frédéric ne pût, de sa part,réaliser des relations familiales avec la couronne anglaise, le cadre des opérations diplomatiques et militaires fut troublé en Italie, et les prétentions des nobles allemands ne se réduisirent pas. Isabelle fut la mère d'Henri dit Charlot, mort au très jeune âge; et elle fut mise en tombe en 1241, en plein conflit entre le mari et Grégoire IX.

BIANCA LANCIA

Bianca Lancia, de la famille des comtes de Lorette, fut l'unique femme qui réussit à conquérir vraiment le coeur difficile de Frédéric. Tous les deux se connurent en 1225 peu de mois après le malheureux mariage avec Yolande de Brienne: ce fut un coup de foudre réciproque. Ne pouvant convoler en justes noces, tous les deux maintinrent une relation clandestine (mais pas du tout secrète), si bien que nacquirent deux enfants, peut-être trois: Constance, Manfred, d'autres disent Violante.Selon la légende qui a été rapportée par l'historien Pantaleo, pendant la grossesse de Manfred, Frédérci fit enfermer son amante dans une tour du château de Gioia del Colle.Désir de discrétion, caprice, jalousie? Bonnaventura penche pour cette dernière, même si l'aspect du fils, très ressemblant à son père, levait le plus léger doute; mais, évidemment, les soupçons d'infidèlité ont toujours raison des hommes aveugles, aumtoritaires, irrationnels. Il resta le fait que la sensible princesse ne put résister à cette humiliation; vaincue par la douleur, elle se tailla les seins et les envoya à l'Empereur sur un plateau avec le nouveau-né. Après quoi, conclut le chroniqueur, elle"passa à une autre vie". 

Miniature médievale qui représente le couple impérial,Codex Palatinus
Germanicus 848(Codex Manesse). 

Depuis cette date, chaque nuit, dans la tour du château dite maintenant "tour de l'Imperatrice" on entend une faible et lancinante lamentation: les lamentations d'une femme offensée qui proteste de son innocence à l'infini. Si ceci est un légende, l'histoire est un peu plus controversée mais pas mois touchante. Selon les uns, en 1246 Frédéric, dans l'intervalle veuf d'Isabelle, partit de Foggia vers le château de Gioia del Colle où il trouva son amante souffrante. La dame lui demanda de légitimer les trois enfants nés de leur amour, en s'unissant à elle par un mariage en règle:choses qui se réalisèrent et ce qui permit à Bianca Lancia d'être impératrice pendant quelques jours.
Selon la chronique de frère Salimbene de Parme, le mariage ne se fit au contraire qu'au moment de la mort de l'Empereur, donc à la fin de 1250: mais à nos yeux, rien ne change.

Copyright  ©2002 Alberto Gentile

Traduction en langue française par Monique Labas.

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L’histoire  Mineure  de  Frederic II