QUI ETAIT ET

QUI NE POUVAIT PAS ETRE 

FREDERIC II de SOUABE 

De Carlo Fornari et Alberto Gentile

Sans aucun doute, Frédéric II est un des acteurs les plus controversés de tout le moyen âge européen, victime de la confusion qui se fait entre les éléments historiques et légendaires.

Ses plus irréductibles détracteurs contribuent à cette situation, mais aussi tant de personnes exaltent plus qu’il n’est permis sa personnalité que, aujourd’hui, avec la diffusion du débat, il n’est pas très utile de combattre les argumentations des plus obstinés néo guelfes (et ils sont, hélas ! encore nombreux) ni ceux qui voient en lui le prophète d’une «modernité» qu’il ne pouvait pas avoir, d’un oecuménisme qu’il ne pouvait pas concevoir…

Frédéric II

A sûrement dominé la politique et la culture médiévales à un siècle où…

….l’Empereur et le souverain Pontife romain prétendaient tous les deux être investis par  Dieu pour gérer les choses de l’Etat et de la Foi, promouvant deux théocraties analogues : il existait alors alors un manifeste, déclaré «imitatio imperii» de la part du sacerdoce et une «imitatio sacerdotti» de la part du «regnum»;

….la conquête et le maintien du pouvoir justifiaient les pires atrocités, l’empereur ne pouvait pas suivre les Pontifes qui ordonnaient le massacre des Albigeois, sacrifiaient deux millions de Chrétiens pour les croisades, promouvaient les tribunaux de l’Inquisition…

…Les intégrations raciales n’étaient pas encore conçues, pendant que  les minorités religieuses étaient poursuivies par l’Eglise bien secondée par le « bras séculaire » qui voyait surtout dans les hérétiques un risque grave de subversion.

…les violences qu’on définirait comme « machistes » se manifestaient dans toutes les religions et toutes les philosophies, le développement culturel était conditionné par des dogmatismes et des intégrismes de toute couleur;

… la culture – encore proie de l’alchimie et des superstitions en tous genre - n’avait pas encore tenu ses promesses pour la naissance de la science, même dans la forme embryonnaire qu’elle aura deux siècles plus tard…

Frédéric II s’inséra dans cette situation avec quelques intuitions qui le désignèrent comme un géant de son époque ; mais celles-ci ne peuvent pas être confondues avec des initiatives vraiment anticipatrices, qu’un homme médiéval ne pouvait certes pas concevoir.

Lui-même en fait

ne fut pas un «laïc» dans le sens actuel du terme, mais il lutta pour obliger le pape à ne posséder que les compétences du pouvoir moral (temporel), prémices pour l’Etat de droit et pour vaincre toute forme d’intégrisme;

…Il fut effroyable au cours des batailles, dans la répression des attentats contre sa propre personne, dans la conduite des sièges où il recourut même aux boucliers humains non moins importants que le croisé Simon de Monfort, mais il tenta plus que tous ses contemporains de résoudre de nombreuses controverses par la diplomatie, sans répandre de sang.

…Il punit les intolérances des sarrasins  en Sicile, mais il les abrita à Lucera en les intégrant dans sa propre armée et dans l’administration de l’Empire ; après lui, sous Boniface VII qui régnait à Rome et Charles d’Anjou qui régnait en Sicile,ils furent exterminés en 1300, l’année du Premier Jubilé.

 …il enferma sa jeune femme Yolande de Brienne dans l’asphyxiant harem de Palerme, mais il dicta dans la constitution de Melfi des pages importantes et innovantes pour réprimer la violence contre les femmes et des accusations portées contre elles.

…il était encore très lié aux rituels magiques de l’Orient, mais à sa cour il reçut des savants de toutes les origines sans distinction ni de race ni de religion, auxquels il posa des problèmes qui seront à la base des premières recherches dignes d’être définies comme scientifiques;

…il fut un catholique sincère, mais il sût concevoir l’universalité de la culture au service exclusif de l’homme, surpassant les liens des serments qui naissaient du fait de vouloir distinguer les cultures chrétienne, juive, musulmane…

Croisé excommunié, à Jérusalem il transforma une lutte de religion en une rencontre entre des cultures différentes, rendant ainsi possible un accord jamais réalisé auparavant.

Frédéric II ne fut certainement pas le penseur médiéval le plus «illuminé» et le plus innovant sur tous les plans de la philosophie, de la religion, du savoir humain d’alors. Mais sa valeur, voir même son charisme, consistait  d’avoir étendu  ses connaissances en même temps vers de nombreuses voies, comme tous les plus grands de l’histoire…

L’Italie, berceau du guelfisme le plus intransigeant, qui resta sous l’influence des Papes jusqu’à la fin du XIX siècle, souffre encore d’une historiographie qui veut que Frédéric II ait été athée, ennemi de l’Eglise, chargé des pires défauts qui puissent  porter atteinte à un Prince. Au contraire en Allemagne, loin de l’entraînement politico-religieux et des prétentions territoriales de l’Eglise, l’image de l’Empereur est surtout influencée par son attachement aux réformes: et les Allemands éprouvent pour lui une profonde estime.

 

Copyright  ©2002 Carlo Fornari et Alberto Gentile

Traduction en langue française par Monique Labas.

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