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LA CONDITION DES FEMMES DANS LE LIBER AUGUSTALIS
DI FREDERIC II
par Bianca Tragni
On peut retrouver la considération que Frédéric II montrait pour les femmes bien exprimée dans le Liber Augustalis, sous des formes juridiques, relatives à des délits ou des situations relevant de la légalité. L'aspect juridique n'est pas unique pour lire le rôle que les femmes jouaient dans le royaume de Sicile au temps de l'Empereur, mais il apparait fondamental pour montrer une série de garanties et de limites qui marquent un tel rôle ou au moins ce que le souverain législateur voulait. L'épitomé ou abrégé en langue vulgaire du chef-d'oeuvre frédéricain, écrite au XV siècle par Hyppolite Lunense selon les instructions de Diomède Carafa, comte de Maddaloni, ministre, conseiller et factotum du roi de Naples Ferdinand d'Aragon, a été découverte en 1989 par Dominique Mattei dans la bibliothèque du château de Peralada, aux environs de Figueras, en Catalogne, où l'illustre chercheur et juriste obtint la signalisation du code n.35.870 par la très courtoise bibliothécaire Inès Padrosa y Gorgot. Dans la préface de l'oeuvre, imprimée par les éditeurs Laterza de Bari dans la collection "Fonti e studi" (sources et études) du centre européen des études normandes en 1999, Mattei écrit: Ayant désormais atteint le "troisième âge" je tente [... ] de lier mon destin de chercheur aussi à une alternance pour laquelle je suis demeuré étranger pendant une longue partie de ma vie. Et il spécifie: Non pas que, moi, né où je suis né, j'aie pu ignorer le nom du refondateur de ma ville natale, Altamura, grâce à ce souverain, dotée d'une magnifique cathédrale, et géographiquement liée au centre d'un monde avec lequel celui-même fit sans doute un commerce plus intense qu'avec les autres de son grand empire. Frédéric II y est encore vivant dans la tradition populaire, dans la toponomastique urbaine, sur l'écusson-même de la commune. Et, dans des lieux proches, flottent ses inoubliables souvenirs et s'élèvent, intacts ou abimés, de puissants monuments qui nous rappellent sa vie et sa mort. La ville de Melfi elle-même n'est pas loin, ville dans laquelle on lui reconnut ses dons de législateur. Figure donc étrangère à mes études mais pas exclue de ma première formation, sur laquelle l'influence de mon père, qui avait du goût pour ces souvenirs et connaissait bien ces monuments, fut intense. (nota).
Ce travail du célébre habitant d'Altamura peut donc être considéré comme un hommage rendu à Frédéric II et à Altamura. Extrapolant l'épitomé, dont on pourrait tirer du langage d'intéressants points communs avec les mots du dialecte des Pouilles qui n'ont aucune correspondance en italien, mais qui en ont avec le langage vulgaire du XV siècle de la cour aragonaise de Naples, nous disions donc- extrapolant les normes qui concernent la condition des femmes, nous pourrions déduire qu'elles étaient des sujets faibles dans la société du XIII siècle mais non dépourvues d'une propre dignité que la loi protégeait. Et cette protection ne s'applique pas seulement à la classique "infirmrtas sexus" (la présumée infériorité biologique de la femme), mais plus pour la "dignitas . sexus". Ceci est la nouveauté la plus appréciable de la pensée frédéricaine exprimée dans son nouveau code qui fut couronnée de succès jusqu'aux temps modernes en tant que le prouve "l'épitomé retrouvé. Il commence par la protection des femmes consacrées, c'est-à-dire les religieuses: "...si quelqu'un agresse une religieuse, même si elle n'est pas voilée, il doit être privé de la vie (I120), délit probablement fort courant au temps de prises de voile forcées. Une autre disposition touche la condition féminine opposée: la prostitution. La peine de mort, "privé de tête", était infligée à qui avait forcé la volonté de la femme, à condition que la victime l'ait dénoncé avant huit jours, " excepté si pendant ces huit jours elle ne jouissait pas de sa liberté" (I 21), sinon on la considère comme consentante. Quand on pense à la prostitution qui se pratique aujourd'hui sur nos routes pour de jeunes femmes extracommunautaires contraintes à se protistuer, réduites à l'esclavage, on voit combien était forte et importante la défense juridique que Frédéric II accordait à son époque même aux femmes les plus rejetées de la société; Défense égale à celle de toutes les autres femmes, vierges, épouses, veuves, mariées qui auraient subi un viol ou un enlèvement. Le violeur ou l'auteur du rapt était toujours passible de la peine de mort. La main de l'Empereur s'étendait sur la violence la plus commune que la femme puisse subir: être possédée malgré sa volonté, même si le "possesseur " voulait couvrir son acte en épousant la victime. L'ainsi-dit "mariage réparateur" qui pendant des siècles a été pratiqué dans le Sud, surtout en Sicile, et qui était déjà une ancienne coutume, est interdite par Frédéric II : "...finie cette ancienne coutume qui voulait que , si l'auteur de l'enlèvement désirait la prendre pour épouse, il ne soit soumis à aucune peine." (1.22.1). Une règle anticipatrice qui ne fut pas suivie cependant dans les pratiques populaires. Si une femme crie à l'aide et que quelqu'un l'entend sans lui porter secours, il est puni," excepté s'il était sourd ou bien boiteux [... ], il devait payer à la cour quatre augustali" (I 23), ce qui était une forte amende.
Si une veuve doit être
jugée, elle a droit d'office à un défenseur (I 34); les femmes sans mari
ou autre conjoint, ou très pauvres, peuvent comparaître en personne devant
les tribunaux (I 104.2); si elles sont " trompées en justice à cause de
leur ignorance, ou par
Frontispice de l'épitomé
La femme devenait majeure à 18 ans exactement comme l'homme. En fait "on dit que les mineurs sont ceux qui n'ont pas dix-huit ans aussi bien les hommes que les femmes excepté les français qui à quinze ans se jugent d'un âge parfait" (II 42). Et à 18 ans, si elle n'avait pas de frère toujours "préfèrés aux femmes", elle héritait des biens de son père-baron décédé et si elle était mineure elle était prise en charge par la cour avec ses biens qui lui étaient rendus au moment de l'acte de mariage. De cette manière, assurer leur éducation, en face de la cupidité des hommes, représentait une protection économique et personnelle des jeunes filles orphelines qui parfois enrichissaient et égayaient la cour de Frédéric II. Puis suit une série d'articles qui concernent l'adultère, puni par la confiscation des biens pour l'homme, par la section du nez et la fustigation pour la femme (III 74). C'était déjà un grand progrès d'interdire l'exécution de la femme adultère et de laisser au mari trahi le choix entre la mutilation physique et la fustigation. L'homme qui n'interdit pas à sa femme des attachements ambigüs est considéré comme le complice "con tali homini cantatori e amatori" (III 75) en lui interdisant de pouvoir l'accuser d'adultère et en le rendant coupable de l'infamie si sa femme est manifestement reconnue adultère (III 76). Mais pour les hommes la marge est toujours plus large: s'ils s'unissent avec une prostituée consentante, il n'y a pas de délit (III 77). Pour la mère qui induit sa fille à commettre l'adultère "on sectionne le nez comme à une maquerelle"(III 80). On punit aussi comme un "maquereau" ce mari qui, trouvant sa femme avec un autre homme, le laisse partir et garde sa femme (III 82). Le mari qui découvre sa femme avec un autre homme en flagrant délit peut les tuer: c'est l'unique cas d'assassinat autorisé; l'honneur du mari est plus important que la dignité et que la vie même de la femme, quant à la femme adultère. Le Liber Augustalis est le fruit d'une époque différente de la nôtre, c'est le moyen âge...malgré les étincelles frédéricaines! On peut tirer ces conclusions et d'autres aussi de l'utile reproposition du texte en examen, magistralement conduite par Domenico Mattei et élégamment publié par les éditeurs Laterza. Pour ce qui concerne les femmes dans le Liber Augustalis on peut trouver encore les articles: I 24, 90.1, 106, II 2, III &", 16, 19-21,23.1,26-7, 81, 84. Nota: D. Mattei: un épitomé en langage vulgaire du "Liber Augustalis", Bari,Laterza, 1995,p5. Copyright 2004 Bianca Tragni
de "Alba Pratalia" périodique de l'Association Culturelle "Amici della Biblioteca De Leo" de Brindisi. Direttore Rosario Jurlaro.
Traduction en langue française par Monique Labas. |